Florence Rougny |

Loin d’être nouvelle, ou débutante, sur le marché – quoique, encore fraîche et pleine d’envie – j’ai résisté stoïquement toutes ces années à l’avancée des nouveaux outils de communication appliqués à mon domaine.
Fière de mon activité, initiée aux techniques traditionnelles, mais néanmoins contemporaine de l’arrivée du « tout numérique », j’ai fait l’écart (le grand) avec envie, facilité : Rotring levé, souris aux aguets…
Proche de « personnalités » du métier qui avaient tout lâché, tout quitté, pour entrer dans la sphère que l’on observait alors qu’au travers d’un rectangle plus ou moins carré, je collaborais très tôt aux premières bornes interactives et autres DVD Rom – pionnière en la matière, j’étais, mais sceptique, je restais : mon univers c’était le papier, le touché, le velouté.
À m’entendre blablater ainsi, vous devez penser que j’ai 112 ans (moi aussi) et pourtant, ces faits ne remontent qu’à une quinzaine d’années,  seulement.

+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +

Et puis, tout s’est accéléré : les outils, les mentalités… la Réwwwolution en http !
Ce fut bien sûr un bond en avant, un écart facial dans toute son élasticité, mais, sceptique, je demeurais.
Les outils ne sont jamais que ce que l’on en fait. Les ordinateurs ne sont pas autonomes : leur technologie nous a essentiellement donné de nouveaux moyens, surtout à un plus grand nombre (et le « nombre » tricote des sites depuis ce bail signé : à l’endroit, et à l’envers, aussi !).
Aujourd’hui, tout le monde est graphiste, ou photographe : des métiers « artistiques » qui exigeaient autrefois des connaissances en culture générale, comme en technique pure, sont désormais à portée de quidams… BLING… CLIC ! Voulez-vous améliorer l’image ? Choisissez l’un des 12 000 filtres mis à votre disposition. Êtes-vous en mesure d’expliquer clairement votre composition ? : « Ben, euh… Heu ? Mimine, viens vite, l’ordinateur y me parle ! ».

+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +

J’ai donc tout ce temps œuvré dans l’ombre – sans vitrine surexposée ou ego Facebooké de frais – suis vivante, encore, même après la crise, mais subis régulièrement les assauts et reproches d’internautes assermentés : « mais t’es où, toi ? C’est quoi ton site ? Machin veut devenir ton ami… là ! » (N’a pas, nan !) « Bon… ».
En réalité, je voulais le faire, moi, mon site. J’ai alors fait des stages – Director, Flash, Dream Weaver – mais, à l’époque (y’a 112 ans !) tout ça n’était pas vraiment au point ; et puis, il fallait programmer, et moi, ça m’emmerde, de programmer. J’attendais tout bonnement « LE logiciel pour que les graphistes y puissent faire leur site tout seul », et, visiblement, « a y’est ! » : Adobe le fait, là, sur la CS5, 112 ans plus tard (à tester néanmoins).
Oui, et ben, c’est trop tard ! Moi, je l’ai fait avant, avec l’aide de mon voisin de pallier professionnel et néanmoins collègue ou collaborateur en tout ce que je ne sais pas faire : sur la base d’un blog épuré, presque vidé de toutes ces fonctions de p… de réseaux sociaux, de commentaires, de, « j’aime/j’aime pas», ou, « ilébô /ilépabô… » (S’il en reste, je ne suis pas au courant. Ne cherchez pas le lien vers Facebook, ceci n’est pas un bug !).

+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + +

Alors voilà, le clic est parti tout seul. Ça, c’est fait. En vitrine, je me suis figée : souriante, élastique, la souris galbée (hors vulgarité). Sans prétention, ni rêve de célébrité, je présente, céans, quelques travaux qui m’ont animée ou simplement rétribuée : agrémentés, par le jeu du blog, de quelques commentaires honnêtes et/ou parfois tempérés.
Il faut vous dire que j’aime bien ce que je fais. J’envisage même de continuer et me développer (certes) mais surtout, me diversifier, parce que l’ennui, dans ce métier, c’est pas le métier… c’est l’ennui ! (L’ennemi !). J’en dis pas plus, certains pourraient se reconnaître.
Forte d’un site sobre, efficace (je l’espère) ou, en tout cas, représentatif de ce que je propose – mais pas toujours de ce que l’on accepte… – en termes de graphisme, d’approche, de réponse : je plonge « dans » et « avec » le désormais grand « Tout » (et n’importe quoi, aussi, des fois) à la pêche aux surfers naufragés ou égarés. Je pourrais aisément m’y noyer, je le sais – l’espace y est tellement encombré, saturé – reste, que, peut-on se noyer dans tant de densité ?

Mais non, c’est l’étouffement ! Haââ, Je respire…

Florence ROUGNY Graphiste / Designer protéiforme

Graphiste, de formation traditionnelle en expression visuelle et communication, elle intègre en 1992 le circuit professionnel en agence. Elle met sa vision artistique au service de multiples clients issus de tous horizons – culturel, associatif, institutionnel et multimédia – elle continue à gratter la toile, tordre le fer et échanger avec les muses de tous ordres, de toutes confessions créatrices. Jonglant indifféremment entre affiches, plaquettes, chartes graphiques, signalétique, et identité visuelle (de ses multiples intervenants) – Conseil Général des Bouches-du-Rhône, Euromed Marseille Ecole de Management, CEA Cadarache, Université Aix-Marseille, DRAC PACA ou HARIBO – son neurone baladeur de création rapprochée continue néanmoins à œuvrer, grappiller de l’espace et faire des siennes. L’appétence au beau fixe, elle aborde également l’édition d’ouvrage d’Art, et tutoie les cils ténus de la reconnaissance en l’année 2001 (Une réalisation sur l’Architecte Fernand Pouillon lui vaut de recevoir le prix du meilleur ouvrage d’Architecture).